Grâce à la motricité libre, bébé explore à son rythme

Grâce à la motricité libre, bébé explore à son rythme

De la spontanéité, des découvertes et des acquisitions, sans précipitation. La motricité libre offre aux tout-petits la possibilité d’explorer leur univers et leurs capacités motrices selon leur propre tempo. Ses intérêts variés en ont fait un véritable « must », vanté par les pédiatres, encouragé par les spécialistes du développement de l’enfant, adopté par nombre de professionnels de la petite enfance. Son concept, son application, ses attraits, place à un décryptage complet.

La course au développement est-elle vraiment indispensable ? Pourquoi faudrait-il à tout prix monitorer les progrès, accélérer la cadence, orienter les temps de jeu ou d’observation ? Pour bien grandir, les bébés ont besoin de deux ingrédients : du temps et de la liberté. C’est ce que leur promet la motricité libre, un concept de plus en plus apprécié pour ses bienfaits sur le développement, l’autonomie et même la santé.

À l’origine de la motricité libre

Elle est sur toutes les lèvres quand une discussion s’engage sur les acquisitions motrices des nourrissons et des enfants en bas âge. On pourrait penser à un effet de mode. Il n’en est rien. Dès les années 1930, le concept émerge dans les travaux d’une pédiatre hongroise, Emmi Pikler1. Son approche de l’éducation et du soin est souvent citée comme l’approche Pikler ou l’approche piklérienne.

Dans l’orphelinat qu’elle dirigeait à Budapest, Emmi Pikler instaure une méthode d’accompagnement respectueuse du rythme des enfants. Ils sont libres de leurs mouvements, sans intervention d’un adulte pour les guider ou leur enseigner telle ou telle compétence motrice.

La motricité libre, qu’est-ce que c’est ?

Sans donner de définition précise, la Haute Autorité de Santé2 ou encore la Caisse d'Allocation Familiale3 en décrivent quelques fondements. En voici les deux principaux : la liberté de mouvement à l’initiative propre de l’enfant, le respect de son rythme psychomoteur et de son bien-être.

Dans tous les guides sur le développement des nourrissons, des moyennes d’âge sont mentionnées pour marquer les étapes clés, telles que le retournement dos-ventre, puis ventre-dos, la capacité à ramper, le quatre-pattes, la station debout, etc. Elles constituent des repères, utiles pour envisager une surveillance en cas de retard suspecté. Elles ne doivent néanmoins pas faire perdre de vue que chaque petit humain évolue à son rythme. Les copains de la crèche marchent et pas lui ? Et alors ? Si tout le reste évolue parfaitement, que tous les signaux sont au vert, son tour viendra, en temps et en heure.

La motricité libre prend tout son sens durant la période qui s’étend de la naissance aux 2 ans de l’enfant. Pendant ces deux années particulièrement riches en acquisitions motrices, elle invite à laisser les nourrissons et enfants en bas âge explorer leurs propres capacités motrices, de manière spontanée. Les adultes qui supervisent assurent un environnement adapté et sécurisé, mais contiennent leurs interventions pour ne pas chercher à provoquer ni à accélérer l’acquisition d’une nouvelle étape.

>> Bouger librement, mais aussi jouer librement ! Découvrez notre article sur les bénéfices cognitifs et psychomoteurs du jeu libre

Des bénéfices prouvés, d’autres qui émergent

1. Contre les déformations crâniennes

La motricité libre est souvent citée comme un moyen efficace de réduire les déformations crâniennes positionnelles, principalement la plagiocéphalie, plus connue comme « syndrome de la tête plate ». C’est très souvent le point d’entrée de la motricité libre dans la vie des nouveaux parents, suite à un conseil glané pour éviter de déformer le si joli crâne de leur si jeune progéniture4.

Face aux déformations crâniennes positionnelles, la motricité libre n’est pas non plus la panacée. Ce n’est pas LA solution ultime pour résoudre tous les problèmes. Elle représente tout de même une pièce maîtresse du puzzle. Comment ? En favorisant la diversité des positions et des points d’appui de la tête, en limitant par la même occasion les pressions prolongées et immobiles sur des crânes si malléables. Bébé est plus libre de ses mouvements. Il peut modifier naturellement sa position, à son gré.

Il est indispensable de rappeler un message de prévention. Les déformations crâniennes étant souvent multifactorielles, d’autres paramètres doivent être pris en compte et surveillés, si nécessaire, par un professionnel de santé. Demander un avis médical reste le premier réflexe à adopter si vous constatez une déformation du crâne de votre bébé ou de l’enfant dont vous vous occupez.

2. Pour favoriser le mouvement et les explorations motrices

Les principaux travaux menés par Emmi Pikler ont permis d’observer différents intérêts concernant la motricité libre. En se voyant autoriser une totale liberté dans leurs mouvements, les jeunes enfants progressent dans leurs acquisitions motrices de manière spontanée, franchissent les étapes des différentes postures, des manipulations d’objets et des déplacements à leur rythme5. Attention, la motricité libre n’accélère pas les acquisitions. Ce n’est d’ailleurs pas du tout son objectif. Elle s’inscrit juste dans le respect du rythme propre de chaque enfant.

De très nombreuses études ont analysé l’avantage des mouvements actifs et de l’exploration libre au sens large, sans se focaliser spécifiquement sur l’approche Pickler. Une revue systématique de 2022, publiée dans Frontiers In Pediatrics6 a synthétisé les travaux portant sur les interventions motrices chez des nourrissons à risque de retard moteur. Selon les conclusions, les interventions se révélant les plus efficaces sont celles qui font participer activement le bébé aux mouvements, plutôt que de les réaliser à sa place. L’un des principes mêmes de la motricité libre.

>> À lire aussi : Le rôle clé du mouvement pour apprendre et progresser

3. Autonomie et confiance en soi

Ces effets sont intéressants, bien qu’assez peu documentés dans la littérature scientifique. Quelques études de petite ampleur semblent soutenir que les nourrissons et les jeunes enfants qui choisissent par eux-mêmes leur activité, explorent librement leur environnement, expérimentent à leur guise, développeraient une meilleure autonomie.

Ces activités autonomes sont considérées, dans les articles de l’Institut Pickler7, comme un moyen pour l’enfant de découvrir ses propres capacités et de résoudre lui-même les problèmes d’ordre moteur qui se présentent. « Comment faire pour atteindre ce magnifique ourson en peluche à quelques centimètres de ma main ? », se demande cette petite aventurière de quelques mois. « Peut-être en poussant davantage sur mes pieds tout en avançant mon bras ? » Ainsi naissent de nouveaux gestes. Ainsi est franchi, chaque jour, un petit cap supplémentaire. L’ourson est enfin dans sa main. Le succès est sien. Ces petits exploits autonomes servent aussi à booster la confiance en soi.

>> Pour aller plus loin, découvrez notre article : Comment et pourquoi favoriser l’autonomie chez les enfants ?

4. Des bienfaits par le mouvement 

Qui n’a pas déjà entendu parler de l’intérêt du jeu au sol ou encore du « tummy time » pour les tout-petits ? Ce temps passé au sol, ces opportunités de bouger, présentent des bienfaits assez bien documentés. Il ne s’agit pas de motricité libre à proprement parler, mais plutôt de quelques-uns de ces composants, comme offrir aux bébés des occasions régulières de bouger sur un tapis de sol, dans différentes positions.

Une autre revue systématique, publiée cette fois-ci dans le journal officiel de l’Académie Américaine de Pédiatrie8, a analysé 16 études différentes, incluant plus de 4000 nourrissons. Selon ses conclusions, ce fameux « tummy time » (temps passé sur le ventre) favorise le développement moteur global, ainsi que la capacité à se mouvoir sur le ventre, puis à ramper et enfin à se retourner.

En complément, en invitant à davantage de mouvements, la motricité libre s’inscrit dans un cercle vertueux pour la santé : l’Organisation Mondiale de la Santé souligne9 que l’activité physique dès la toute petite enfance (à travers du mouvement et du jeu actifs, adaptés aux conditions et aux aptitudes de l’enfant), contribue au développement moteur et cognitif.

La totale liberté de mouvement favorise enfin une croissance, un développement musculaire et osseux plus sains.

Cette motricité libre en pratique, ça donne quoi ?

1. L’objectif, l’espace au sol

Premier indispensable de la motricité libre : le tapis de jeu, assez ferme pour ne pas s’y enfoncer, assez confortable pour s’y sentir bien. Fini le temps où les nouveaux-nés passaient leurs journées dans des transats mous qui les empêchaient de tourner la tête. Fini le temps des trotteurs qui promettaient l’illusion d’une exploration de la maison sur deux pieds. Car on vous a bien vus, petits polissons, en train de pousser sur le bout de vos orteils pour faire rouler l’engin. Un geste qui ne se rapproche en rien de la marche !

Plus largement, la motricité sera d’autant plus libre que vous éloignez les matériels de puériculture visant à orienter ou à restreindre certains mouvements (ex : l’arche de jeu qui incite à garder le regard dans un seul axe, le porte-bébé qui serre trop contre votre poitrine et l’empêche de bouger sa tête, etc.). Ces conseils restent généraux et il peut bien évidemment exister des exceptions, en fonction de cas ou d’objectifs bien particuliers.

L’espace de jeu au sol peut être aménagé dès la naissance. Le temps que Petit cœur ou Petite puce y passera sera adapté selon son âge, ses envies et son confort. Précision importante : il s’agit bien des temps d’éveil. Le sommeil conserve ses quartiers dans son espace dédié, comme le berceau ou le lit à barreaux.

Pour des plages de jeu et d’exploration au sol en toute sécurité, gardez toujours un œil sur votre petit protégé. Éloignez toute source de danger, les animaux de compagnie, les couvertures, même cette lampe un peu branlante qui semble hors de sa portée. Ce serait dommage qu’il choisisse juste aujourd’hui pour commencer à ramper et pour filer la faire tomber.

Dernier conseil essentiel : optez pour une tenue adaptée, ni trop étriquée, ni trop lâche. Et pour les pieds ? Nus, c’est parfait. Avec des chaussettes antidérapantes, si la température chute. Avec des chaussures souples, larges, qui laissent bien le pied se développer, quand l’heure des premiers pas a sonné.

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2. Et vous dans tout ça ?

Vous restez présent, bien sûr, pour surveiller ces précieux instants. Vous le regardez évoluer, vous l’encouragez, vous proposez quelques interactions, pour agiter un nouveau jouet sur sa droite, puis sur sa gauche, pour regarder ensemble des images, pour partager un moment de complicité.

Surtout, évitez d’imposer des positions si bébé ne semble pas prêt. Même si vous mourez d’envie de le voir s’asseoir, il n’y arrivera pas plus vite si vous tirez sur ses bras. Encore moins si vous essayez de le caler avec des coussins, alors même que son dos ne demande qu’à s’affaisser. Le meilleur rythme, c’est celui qu’il choisira lui-même. Nul besoin de vouloir aller plus vite que la musique.

Une petite nuance reste nécessaire. Durant les tout premiers mois de vie, l’intervention d’un adulte reste quelque peu utile pour les temps au sol, ne serait-ce que pour aider à varier les postures. Tantôt sur le dos, tantôt sur le ventre, jusqu’à ce que le retournement soit acquis. 

 

Vous voilà expert du sujet. La motricité libre n’a plus de secret pour vous, du moins dans les grandes lignes. Les conseils prodigués et les bienfaits mentionnés ici s’appliquent à des situations classiques, à des enfants ne présentant pas de trouble ni de retard spécifiques. En cas de besoins spéciaux, face des interrogations sur le développement de votre enfant, seul un professionnel (de la santé ou de la petite enfance) pourra vous apporter une aide vraiment personnalisée.

 

Sources :

  1. Ministère du travail, de la santé, des solidarités et des familles : Faciliter l’accès à un mode d’accueil du jeune enfant
  2. Haute Autorité de Santé - Conseil National Professionnel de Pédiatrie : Prévention des déformations crâniennes positionnelles et mort inattendue du nourrisson
  3. CAF : Chez les Ass’ Mat’
  4. CHU de Dijon : Prévenir la plagiocéphalie
  5. De la valeur de l'activité libre du bébé dans l'élaboration du self. Spirale - La grande aventure de bébé, 53(1), 162-167. https://doi.org/10.3917/spi.053.0162.
  6. Dumuids-Vernet MV, Provasi J, Anderson DI, Barbu-Roth M. Effects of Early Motor Interventions on Gross Motor and Locomotor Development for Infants at-Risk of Motor Delay: A Systematic Review. Front Pediatr. 2022 Apr 28;10:877345. doi: 10.3389/fped.2022.877345. PMID: 35573941; PMCID: PMC9096078.
  7. Caffari-Viallon, R.  (dir.) (2017). Autonomie et activités du bébé : Recueil d’articles de l’Institut Pikler - 2. érès. https://doi.org/10.3917/eres.caffa.2017.02.
  8. Lyndel Hewitt, Erin Kerr, Rebecca M. Stanley, Anthony D. Okely; Tummy Time and Infant Health Outcomes: A Systematic Review. Pediatrics June 2020; 145 (6): e20192168. 10.1542/peds.2019-2168

  9. Organisation Mondiale de la Santé : To grow up healthy, children need to sit less and play more

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