Jouer librement, un moyen de s’épanouir et... de souffler !

Jouer librement, un moyen de s’épanouir et... de souffler !

Proposer des activités structurées, cadencées, pour leur offrir l’opportunité d’exprimer tout leur potentiel ? Quelle bonne idée ! À condition de ne pas tomber dans l’excès. L’emploi du temps des enfants ressemble de plus en plus à celui d’un PDG de multinationale. Pour eux, comme pour vous, la balance entre activités cadrées et jeux en toute liberté est, plus que jamais, fondamentale. Explications.

Les horaires bien calés de l’école, complétés par de l’accueil périscolaire pour s’adapter au planning de travail des parents. Les cours de solfège du mardi soir, de guitare le jeudi. La gym du mercredi matin, ou le judo l’après-midi. Pour certains, les leçons de dessin du samedi, pour d’autres, les tournois de rugby le dimanche. Vous trouvez que cela fait beaucoup ? Attendez, ce n’est pas tout. Un soupçon de livres éducatifs pour travailler la mémoire ou les mathématiques, avant le dîner, ou bien une bonne dose de dessins animés. Quelques pincées de jeux numériques, éparpillées tout au long de la journée. La liste semble ne jamais s’arrêter.

Protéger les plages de liberté 

Quand les enfants ont-ils le temps de se poser pour jouer librement ? De moins en moins souvent, malheureusement. Pourtant, de nombreux chercheurs et pédiatres estiment que le jeu libre est devenu particulièrement important de nos jours, car les enfants vivent dans des environnements plus structurés, plus surveillés et plus numérisés que les générations précédentes.

L’Académie américaine de Pédiatrie a notamment observé1 que le temps consacré au jeu libre a diminué sous l’effet de l’intensification des activités encadrées, des attentes académiques précoces et d’un mode de vie plus « pressé ».

Cette réduction du temps de jeu libre constitue l’une des principales raisons pour lesquelles les experts insistent aujourd’hui sur sa protection.

Jeu libre : des bénéfices largement démontrés

Le jeu libre peut tout à fait trouver sa source dans l’imagination, sans aucun matériel à portée, ou bien se baser sur des matériaux simples, polyvalents, ouverts à des utilisations variées. Quelques exemples concrets : des modules de construction géants, des jeux d’imitation, de la pâte à modeler...

Moins de règles prédéfinies, pour plus de spontanéité et de créativité. Tel est le leitmotiv de ces jeux non cadrés. Les enfants inventent ainsi leurs propres règles, discutent et négocient avec leurs pairs, résolvent des différends, exercent leur capacité à planifier, à s’adapter, à contrôler leurs émotions (frustration, impatience, colère et tant d’autres). Toutes ces compétences socio-émotionnelles et cognitives, ces capacités d’autorégulation constituent les bases de fonctions exécutives qui feront d’eux des adultes stables, bien adaptés à la vie en société.

La résilience vis-à-vis des divergences d’opinions, des contrariétés, des possibilités d’expérimenter et de se tromper est devenue un trait de caractère essentiel, à cultiver sans limite. Dans un contexte où les enfants sont de plus en plus soumis à la pression scolaire et sociale, cette flexibilité émotionnelle devient presque vitale pour préserver leur santé mentale.

Au-delà des bienfaits psychologiques et de l’acquisition de compétences fondamentales, le jeu libre est bien souvent corrélé à davantage de bénéfices physiques. Lorsqu’il est pratiqué en extérieur notamment, il peut favoriser plus spontanément le mouvement et contribuer à lutter contre la sédentarité. La construction d’une cabane à partir de morceaux de bois et d’un vieux drap, l’instigation d’une course-poursuite entre un brigand et un policier, des sauts à cloche-pied pour traverser une coulée de lave imaginaire... Tous les moyens sont bons pour augmenter le niveau l’activité physique des enfants et soutenir leur santé globale.

>> Quel est le rôle du mouvement dans le développement de l'enfant ? C’est à découvrir ici.

Agenda trop chargé : quelques nuances à apporter

Les recherches sur la santé et le développement des enfants ne démontrent pas qu’un planning d’activités dense est automatiquement néfaste. Au contraire, des activités structurées (sportives et artistiques, entre autres), présentent des bénéfices clairs et documentés. Le problème survient lorsque la charge devient excessive, les activités se font sous la contrainte, les temps de repos sont impactés.

Passer sans arrêt d’une activité à une autre - qu’elle soit scolaire, extrascolaire, à la maison - peut favoriser l’apparition de stress, de fatigue émotionnelle, d’un sentiment de pression et d’incitation à la performance. Surtout lorsque l’enfant n’a pas choisi lui-même ses engagements, une surcharge d’activités peut contribuer à faire naître de l’anxiété, du stress, un mal-être, un épuisement2.

Le stress logistique consécutif à la multiplication de ces activités est tout aussi réel. À quelle heure faut-il partir pour amener l’aîné au foot ? Faut-il prévoir de prendre les affaires de natation du cadet qui n’ont pas fini de sécher, ou a-t-on le temps de repasser les chercher ? Qu’en est-il du goûter ? Les devoirs doivent-ils être terminés avant ou après ? Ce stress, c’est vous-même qui vous le mettez sur les épaules. Vous seul.e êtes donc en mesure de le faire s’évaporer. D’autant plus qu’il est associé à moins de moments de qualité passés en famille et à de possibles tensions inutiles pouvant affecter les relations familiales. Les obligations prennent le pas sur la notion de plaisir ? C’est un signal d’alerte. Il est grand temps de lever le pied.

Autre point de vigilance : des rythmes trop intenses pour les enfants peuvent conduire à une réduction de la durée et de la qualité du sommeil. Conséquences : un risque accru de difficultés attentionnelles, comportementales et émotionnelles. Ce risque est encore majoré par une utilisation importante des écrans au cours de la journée, notamment le soir, moment où les effets sur le sommeil sont les plus néfastes3.

>> Quelques conseils pour rééquilibrer le temps d'écran chez les enfants.

Les activités multiples, les jeux cadrés, les exigences scolaires ne sont pas un problème en soi. Tout est une question d’équilibre. Quand la balance penche trop lourdement du côté des règles, d’un timing à respecter, de résultats à atteindre, ce déséquilibre peut se manifester de multiples façons : trop peu de sommeil, perte de plaisir et de motivation, sentiment d’être constamment pressé par le temps ou de devoir accomplir des prouesses en permanence. Ne négligez pas les plages de totale liberté (bien évidemment sécurisées). Un peu de jeu sans aucune règle imposée permet aux enfants de récupérer, de prospérer, de se réaliser pleinement et, tout simplement, de se détendre. Sans aucun objectif, sans aucune attente.

 

Sources :

  1. Michael Yogman, Andrew Garner, Jeffrey Hutchinson, Kathy Hirsh-Pasek, Roberta Michnick Golinkoff, COMMITTEE ON PSYCHOSOCIAL ASPECTS OF CHILD AND FAMILY HEALTH, COUNCIL ON COMMUNICATIONS AND MEDIA; The Power of Play: A Pediatric Role in Enhancing Development in Young Children. Pediatrics September 2018; 142 (3): e20182058. 10.1542/peds.2018-2058
  2. Southern New Hampshire Health. Overbooked Kids : The Overschedule Crisis
  3. Nagata JM, Cheng CM, Shim J, Kiss O, Ganson KT, Testa A, He J, Baker FC. Bedtime Screen Use Behaviors and Sleep Outcomes in Early Adolescents: A Prospective Cohort Study. J Adolesc Health. 2024 Oct;75(4):650-655. doi: 10.1016/j.jadohealth.2024.06.006. Epub 2024 Jul 22. PMID: 39046391; PMCID: PMC11610308
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