Surstimulation : faut-il occuper les enfants en permanence ?

Surstimulation : faut-il occuper les enfants en permanence ?

Une ribambelle de jouets éducatifs, une bonne dose d’activités d'éveil, des ateliers créatifs à gogo, des sorties pédagogiques régulières, les écrans interactifs à portée de main... De nos jours, les enfants semblent rarement laissés sans divertissement. Ne rien leur proposer comme activité ? Sacrilège ! Et pourtant, la stimulation a du bon tant qu’elle ne devient pas excessive. Quelques clés pour savoir où se situe la frontière.

Le sentiment est quasi universel. Nous ressentons tous une forme de culpabilité si nous ne proposons pas à nos enfants leur lot quotidien d’occupations variées. Il ne faudrait surtout pas rater le coche, laisser filer une opportunité de renforcer leurs aptitudes sociales, leurs capacités de mémorisation, leurs facultés motrices. Cependant, pour assurer leur bonheur, il n’est pas nécessaire de se transformer en activity planner (ou, en bon français, en planificateur d’activités).

Les connaissances en psychologie du développement et en neurosciences montrent qu'un enfant a besoin d'être stimulé dans une juste mesure. Il a tout autant besoin de disposer de temps où il peut explorer librement son environnement, sans intervention constante des adultes.

>> D’ailleurs l’ennui, c’est pas mal aussi. Ses bienfaits sont à lire ici.

La véritable question n'est donc pas de savoir s'il faut stimuler les enfants. Tout le monde s’accorde sur ce sujet. Il s’agit plutôt de trouver le bon équilibre entre accompagnement, stimulation adaptée et surstimulation. Une hiérarchie à distinguer.

Accompagner, c’est être présent sans diriger

Piloter systématiquement toutes les activités ? Que nenni. Les adultes qui répondent aux besoins et apportent leur soutien, tout en laissant les enfants prendre des initiatives, sont considérés à leurs yeux comme des piliers. De véritables filets de sécurité qui sauront les rattraper s’ils tombent, au sens propre comme au sens figuré.

Cette posture d’accompagnement favorise le développement de l'autonomie : l’enfant choisit son occupation, prend des décisions, cherche des solutions, construit progressivement sa capacité à agir de façon autonome. À l’inverse, une intervention trop fréquente de votre part peut les conduire à attendre toujours des consignes ou des réponses avant d’engager dans une activité1-2.

Un adulte qui accompagne sans diriger, ça ressemble à quoi exactement ? À quelqu’un qui prépare un environnement riche, stimulant, sécurisant. À quelqu’un qui observe avant d’intervenir et encourage les initiatives. À quelqu’un qui pose des questions et stimule la réflexion. À quelqu’un qui apporte une aide lorsque la difficulté dépasse les capacités actuelles de l’enfant. Enfin, à quelqu’un qui retire progressivement cette aide à mesure que l'enfant gagne en compétence.

Votre rôle est donc simple : vous mettre un peu en retrait et proposer uniquement un soutien ajusté aux besoins de vos petits protégés. Pour cela, rien de plus facile. Il suffit de laisser faire et tout particulièrement de les laisser décider par eux-mêmes s’ils ont envie de s’occuper ou non.

>> Pourquoi est-il important de respecter leur besoin d’autonomie ? Toutes les réponses dans notre article.

Stimuler, ou proposer sans imposer

Passons au palier supérieur, avec une participation plus active de votre part. Stimuler les enfants, à tous les stades de leur croissance et de leur évolution, permet de consolider progressivement des compétences : cognitives, motrices, sociales, émotionnelles, etc.3

Une stimulation appropriée s’évalue sur des critères à la fois qualitatifs et quantitatifs. En d’autres termes, il s’agit de proposer des activités enrichissantes, en adéquation avec les aptitudes de l’enfant et en quantité bien dosée.

Vous avez forcément déjà entendu tout un tas de recommandations en ce sens. Dès la naissance d’ailleurs : quelques minutes de tummy time (temps passé sur le ventre), plusieurs fois par jour, couplées à des stimuli visuels bien contrastés (que du noir et blanc pour commencer)... Pour les bébés un peu plus âgés : la découverte des textures et des sonorités, les jeux de miroir, le tapis d’éveil... Puis viennent les objets en empiler, les cubes et les casse-tête, les jeux d’imitation, les parcours moteurs... Avec des degrés de complexité croissants, les plus grands se voient proposer des projets créatifs ou scientifiques, des jeux de construction avancés ou de stratégie...

Toutes ces préconisations sont fort intéressantes. Toutefois, elles ne doivent jamais se transformer en impératifs. Dans tout ce que vous faites, pour vos enfants ou ceux dont vous avez la charge, le mieux est l’ennemi du bien. Ce poncif un peu suranné peut se résumer en quatre repères simples :

  • Toujours s’appuyer sur les centres d’intérêt de l’enfant.
  • Alterner activités calmes, physiques, créatives, sociales, en intérieur et en extérieur.
  • Laisser du temps pour le jeu libre.
  • Ne pas négliger pas les temps de repos.

Les pauses doivent d’ailleurs être considérées comme des occupations à part entière, qui permettent d’éviter de franchir une ligne rouge, vers la surstimulation.

Surstimuler : trop d’activités, trop d’interventions

Tous autant que nous sommes avons déjà proposé « un peu trop » : trop de stimuli, un enchaînement d’occupations trop rythmé, des journées trop denses. La surtimulation pointe son nez lorsque la quantité, l'intensité et/ou la complexité des sollicitations dépassent les capacités de traitement du cerveau de l’enfant. Résultat : des tsunamis d’émotions, de l’énervement à la lassitude, en passant par la fameuse (et tant redoutée) tempête émotionnelle.

Contrairement à une idée largement répandue, multiplier les activités n'accélère pas le développement cérébral. Le cerveau apprend grâce à une alternance de temps d’exploration, de répétition et de repos4.Les connexions neuronales se consolident d’ailleurs pendant ces périodes de pause, lorsque le cerveau a le temps de traiter et d’organiser toutes les expériences vécues plus tôt dans la journée. Un emploi du temps surchargé peut donc, paradoxalement, limiter certains apprentissages.

Une surcharge d’activités et des occupations permanentes, peuvent aussi conduire à une augmentation du stress physiologique avec élévation notable du cortisol (la célèbre « hormone du stress »). Mauvaise nouvelle, car un cortisol trop élevé est susceptible d’altérer la qualité du sommeil, les capacités attentionnelles et la régulation émotionnelle.

Pas d’affolement, les conséquences d’une surstimulation sont rapidement effacées dès quand les occupations s’alignent à nouveau avec les besoins réel. Tout rentre dans l’ordre, la tempête est passée. Cette surstimulation peut frapper dès le berceau, jusqu’à l’âge adulte. Ne connaissons-nous pas tous, à un moment ou à un autre, des moments de surchauffe ? La solution est toute trouvée : apprendre, par moments, à ne rien faire.


Sources :

  1. Joussemet, Mireille, and Geneviève A. Mageau, 'Supporting Children’s Autonomy Early On: A Review of Studies Examining Parental Autonomy Support toward Infants, Toddlers, and Preschoolers', in Richard M. Ryan (ed.), The Oxford Handbook of Self-Determination Theory (2023; online edn, Oxford Academic, 23 Feb. 2023)
  2. Bradshaw EL, Duineveld JJ, Conigrave JH, Steward BA, Ferber KA, Joussemet M, Parker PD, Ryan RM. Disentangling autonomy-supportive and psychologically controlling parenting: A meta-analysis of self-determination theory's dual process model across cultures. Am Psychol. 2025 Sep;80(6):879-895. doi: 10.1037/amp0001389. Epub 2024 Jul 25. PMID: 39052356.
  3. Rakesh D, McLaughlin KA, Sheridan M, Humphreys KL, Rosen ML. Environmental contributions to cognitive development: The role of cognitive stimulation. Dev Rev. 2024 Sep;73:101135. doi: 10.1016/j.dr.2024.101135. Epub 2024 Jun 12. PMID: 39830601; PMCID: PMC11741553.
  4. Diamond A. Executive functions. Annu Rev Psychol. 2013;64:135-68. doi: 10.1146/annurev-psych-113011-143750. Epub 2012 Sep 27. PMID: 23020641; PMCID: PMC4084861.
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