Vive l’ennui ! Pourquoi laisser les enfants s’ennuyer est essentiel à leur développement

Vive l’ennui ! Pourquoi laisser les enfants s’ennuyer est essentiel à leur développement

« Je m’ennuie… », « Je ne sais pas quoi faire… », « On peut regarder la télé ? », « Tu viens jouer avec moi ? »… Voici en vrac quelques exemples de phrases qui reviennent fréquemment dans le quotidien des familles. L’ennui est devenu un empêcheur de tourner en rond, un état qu’il faut limiter le plus possible. L’angoisse de l’ennui…  Dans une société obsédée par l’efficacité et la stimulation permanente, les parents doivent relever le challenge perpétuel d’occuper et stimuler les enfants constamment et à tout prix. Or, la science du développement de l’enfant montre que l’ennui leur apporterait en réalité de nombreux bénéfices et serait même un puissant allié pour leur bon développement. Si si…

Mais c’est quoi l’ennui ?

L’ennui est défini comme un état affectif transitoire où l’enfant ne parvient pas à s’engager dans une activité satisfaisante malgré une certaine motivation à le faire. Contrairement à une croyance répandue, il ne traduit pas forcément un manque de ressources, mais souvent une phase de transition cognitive et émotionnelle où l’enfant doit mobiliser ses propres capacités internes pour agir. 

Une aubaine pour la créativité

L’ennui, c’est l’opportunité d’un plongeon dans son imaginaire. Ces moments de creux sont précieux pour que l’enfant développe sa créativité et sa débrouillardise. Ils le poussent naturellement à activer son ingéniosité, à chercher de nouvelles idées et à imaginer des jeux ou des histoires. Le couvercle de la casserole devient alors un bouclier de chevalier, le rouleau de carton, une longue vue en quête d’îles au trésor, le rideau du salon, une cape de super-héros. L’ennui devient liberté et catalyseur pour la pensée créative, invitant les enfants à explorer des solutions originales lorsqu’ils n’ont pas de stimulations externes immédiates. 

Ce lien entre ennui et créativité est documenté par de nombreux experts en éducation : quand les enfants ne sont pas constamment guidés ou distraits, leur esprit peut errer et créer, transformant des objets de tous les jours en terrains d’aventure. 

À la découverte de ses émotions

Souvent bien entouré, encadré et protégé, les occasions de se retrouver livré à ses propres pensées et de faire face à ses propres sentiments, sont finalement assez rares pour l’enfant. L’ennui le met face à lui-même. C’est un moment important d’introspection, qui va permettre de réfléchir, de faire mieux connaissance avec soi-même et d’appréhender et réguler ses émotions.

L’absence de stimulation externe l’encourage à revenir à ses pensées, à identifier ce qu’il ressent et à apprendre à supporter les sensations désagréables sans être immédiatement distrait. 

Cette gestion des états internes est un outil clé pour développer la résilience émotionnelle et la patience, compétences qui ont un impact positif sur l’adaptation sociale et scolaire à long terme. 

Apprendre à supporter le vide

Nos sociétés actuelles et leurs technologies ne laissent que peu de place aux instants de solitudes, y compris pour les plus jeunes, constamment sollicités. Si un enfant inactif inquiète souvent certains parents, il s’agit en réalité d’une opportunité pour apprendre à jouer seul, à gérer l’absence, à tolérer la frustration, supporter le silence et prendre un temps pour soi. 

L’enfant qui ne trouve pas immédiatement de stimulation finira souvent par générer ses propres activités créatives ou productives. 

Il apparait donc important de ne pas voir le vide comme une angoisse et de cultiver le bonheur de ces moments. Apprendre à supporter l’ennui aidera l’enfant à gérer des situations plus difficiles dans sa vie future et favorisera la persévérance scolaire ou la résolution de problèmes complexes. 

Un pas vers l’autonomie

S’ennuyer, c’est aussi apprendre par soi-même, l’occasion rêvée de faire des choix, de développer les initiatives et de prendre confiance en ses capacités : trouver une activité, imaginer un jeu, résoudre un problème ou simplement explorer une idée. 

Ces parenthèses d’indépendance totale sont valorisantes et constructives pour l’enfant, qui sera mieux armé pour les prises de décision à venir, auxquelles il devra nécessairement faire face.

En tolérant l’inconfort initial de l’ennui, l’enfant exerce des compétences exécutives essentielles à son développement futur. 

Observer le monde

Se construire passe aussi par l’observation et l’écoute. Chaque enfant aime reproduire les comportements des personnes qui l’entourent. Son environnement direct est une vaste source d’inspiration, dans laquelle il va puiser ses traits de personnalité, ses valeurs, ses attitudes.

Dans les moments d’ennui, l’enfant peut se concentrer sur ce qui l’entoure, analyser les détails, écouter les sons, réfléchir à ce qu’il voit autour de lui. Cette observation active stimule l’attention, encourage la curiosité et enrichit la compréhension du monde, favorisant indéniablement le respect de son environnement et de son entourage.

En quête de passions

Contrairement aux activités dirigées, l’ennui invite l’enfant à s’interroger sur ses propres envies. Pas de scenario, pas de consigne. Il peut alors explorer ce qui le motive vraiment : bricolage, dessin, lecture, jeux de construction ou simplement rêverie. C’est à lui de partir à la recherche de ses propres désirs, de ses souhaits.

Une introspection qui se transforme en investigation, qui constitue une réelle opportunité et qui devient souvent le point de départ de passions durables et de compétences approfondies.

Ralentir le rythme

Vite, toujours plus vite… c’est un peu le crédo de nos sociétés modernes. Les neurosciences montrent pourtant que l’ennui n’est pas un état passif. Au contraire, il peut activer le réseau par défaut du cerveau, un mode de fonctionnement associé à la pensée libre, à l’intégration des apprentissages et à la consolidation des souvenirs. Ce réseau est particulièrement actif lorsque l’esprit n’est pas focalisé sur une tâche extérieure, ce qui permet au cerveau de « faire le tri » dans les expériences vécues et de générer de nouvelles idées.

Pas la peine donc de vouloir à tout prix remplir l’emploi du temps de l’enfant, déjà bien chargé. Pour s’épanouir, il a aussi besoin de s’ennuyer, notamment pour apprendre à décélérer. Cela lui permettra de souffler, de se calmer, de se poser, de se reposer même. Apprendre à faire bien et par lui-même, plutôt que faire vite et téléguidé !

Conclusion : l’ennui, une dynamique à cultiver, pas à éviter

Et si, finalement, l’ennui n’était avant tout qu’une perception insupportable pour les parents, sous pression dans cette course effrénée vers la réussite, le remplissage et la réalisation individuelle ?

L’ennui n’est pas un vide à combler coûte que coûte, mais un moment riche de potentiel pour développer la créativité, l’autonomie, la régulation émotionnelle, la tolérance à la frustration ou encore la capacité à observer et explorer.

Les parents et éducateurs peuvent accompagner ces moments en offrant des espaces calmes, des matériaux libres (papier, crayons, livres, modules), et en tolérant les premières plaintes sans intervenir immédiatement.

Dans un monde hyperconnecté où tout est instantané, apprendre à être à l’aise avec l’ennui est un acte éducatif puissant qui prépare les enfants à devenir des adultes créatifs, réfléchis et autonomes. L’enfant en tirera de très grands moments de jeu, de plaisir et de développement personnel. Alors, laissons-les s’ennuyer… et vive l’ennui !

 

Sources :

    • cabpsyenfant.fr
    • Early Childhood Education Research & Review
    • University of Virginia
    • Building Brains Together
    • Growing Seeds Learning Academy
    • KITS
    Retour au blog