Les jeux symboliques : apprendre grâce au "faire semblant" ?
Ils observent, ils intègrent, ils reproduisent. Les jeux symboliques apparaissent naturellement entre 18 mois et 2 ans et marquent une étape clé du développement des enfants. Qu’incluent-ils exactement ? Quels sont leurs intérêts ? Comment favorisent-ils les apprentissages ? Toutes les réponses.
Doudou est malade ? Il faut vite le soigner ! Un petit thermomètre sur sa bouche cousue, un petit pansement sur son front velu. La table de la cuisine est cassée ? Illico, filons la réparer ! Le tournevis en plastique reçu à Noël entre en scène. Les enfants en âge préscolaire, et même plus tard à la maternelle, passent une grande partie de leur temps de jeu à « faire semblant ». Ces jeux dits « symboliques » s’ancrent pourtant bel et bien dans le réel.
Jeu symbolique, de quoi parle-t-on ?
Il est parfois appelé aussi jeu d’imitation et désigne les moments où l’enfant s’amuse à « faire semblant », à « faire comme si ». Il commence à imiter des actions de la vie courante, à les reproduire en dehors de leur contexte. Il fait semblant de dormir ou de manger, change la couche imaginaire de sa poupée, donne le bain à son nounours avec un gant chipé, ni vu ni connu, dans la salle de bain.
« La fonction symbolique traduit la capacité d’évoquer des objets, des comportements ou des situations non visibles (cachées, hors de portée visuelle, vécues auparavant), au moyen de symboles ou de signes. Le jeu symbolique est une manifestation de la fonction symbolique », définit le portail Éduscol du ministère de l’Éducation nationale1. Le document-ressource dédié au jeu symbolique précise : « Il faut que l’enfant ait acquis la permanence de l’objet pour pouvoir évoquer ce qui n’est plus dans son champ de vision. » Pour préparer cette pizza invisible, il doit être en capacité de se remémorer un moment de vie et de visualiser, dans sa petite tête, le plat fumant sorti du four.
Chaque activité du quotidien peut devenir une source d’inspiration : une visite chez le médecin, une peu de ménage, la préparation des repas, mettre le couvert, s’habiller, monter la nouvelle bibliothèque en kit, faire les courses, observer un camion de pompier, une visite à la ferme... Tous ces exemples peuvent faire l’objet d’une imitation différée, quand l’enfant pensera à ces souvenirs et les reproduira durant un temps de jeu. Pour offrir des fenêtres propices à ces moments d’imagination, il faut bien évidemment encourager la pratique du jeu libre.
>> Le jeu libre et ses bienfaits : un article à consulter...
Le jeu symbolique se matérialise à travers leur imaginaire, au moyen d’objets bien réels (une dînette, une trousse de secours, une boîte à outils en plastique) ou bien totalement fictifs. Vous le voyez agiter ses mains dans le vide ? Vos yeux d’adultes ne le voient pas, mais il est peut-être en train de jeter des miettes aux pigeons ou de passer le balai. Lui seul le sait.
Les jeux d’imitation, pourquoi c’est important ?
Les publications scientifiques abondent sur le sujet des jeux symboliques (ou symbolic play, pretend play, dramatic play). Ils sont associés à plusieurs dimensions du développement de l'enfant.
1. La dimension cognitive
Les preuves les plus solides concernent le développement des fonctions exécutives, des processus cognitifs de haut niveau pilotés par le cerveau1.
Une méta-analyse de 2026, regroupant 26 études, conclut que les enfants qui engagent davantage dans des jeux symboliques présentent généralement de meilleures fonctions exécutives, notamment une meilleure mémoire de travail, une meilleure inhibition et une meilleure flexibilité cognitive2. L’inhibition devient utile par exemple pour réfréner des réactions non conformes au scénario. La flexibilité cognitive leur permet de changer aisément de rôle au gré de leurs histoires.
Les auteurs précisent tout de même que le jeu symbolique ne peut pas expliquer, à lui-seul, l’essor de ces fonctions exécutives. Il y contribue en partie.
2. Langage, communication, compétences sociales
Pour se transformer, pendant quelques instants, en plombier, en spationaute, en pilote de Formule 1, il est nécessaire de connaître un peu le vocabulaire associé à ces rôles et ces métiers. Par le jeu symbolique, l’enfant développe son vocabulaire, enrichit sa narration et ses conversations3.

Les jeux d’imitation apportent aussi à l’enfant des clés pour renforcer ses compétences sociales. Qu’il s’agisse de relations réelles (avec d’autres enfants) ou fictives (avec ses peluches, personnages clés de son scénario), les interactions favorisent la coopération, la négociation, la prise de perspective, la compréhension des émotions d’autrui3. Le voilà bien attristé d’avoir versé du thé trop chaud à ses invités, ou compatissant face à un ami qui s’est fictivement cogné le doigt en bricolant. En d’autres termes, vous pouvez y voir un entraînement progressif à l’empathie, qualité inestimable pour la vie en communauté.
3. Créativité et imagination
L’imagination est le maître-mot des jeux symboliques, puisque les enfants inventent ou reproduisent des histoires, des situations, des interactions, des environnements. Si les plus jeunes se contentent généralement d’un copier-coller de la réalité, en grandissant, le génie créatif progresse.
Une revue des connaissances scientifiques indique notamment que le jeu symbolique développe la capacité à représenter un objet par un autre (comme cette banane qui devient un téléphone), à créer des scénarios imaginaires de plus en plus complexes, à résoudre des problèmes au cœur d’intrigues crées de toute pièce3.
>> Symbole de l’imaginaire : Zoom sur la cabane, un jeu qui construit l’enfant.
4. La dimension motrice
C’est peut être la dimension la moins étudiée. Pourtant, le panel infini des jeux symboliques sollicite des mouvements variés, coordonnés, intentionnels. Avec son costume de sapeur-pompier sur les épaules, elle doit secourir Mistrigri coincé en haut d’un arbre. Il va falloir s’armer de courage et courir, sauter, s’accrocher, grimper. Toutes ces situations mobilisent l’équilibre, la coordination dynamique, l’orientation spatiale et le contrôle postural4.

En complément de la motricité globale, les jeux d’imitation contribuent à développer la motricité fine. Verser de l’eau dans une dînette, habiller une poupée, manipuler des ustensiles miniatures, construire des décors, sont des activités qui renforcent la préhension, la coordination œil-main et la précision gestuelle4.
Symboles et santé mentale
Jouer aujourd’hui à « faire comme si » pourrait bien influencer leur santé mentale dans plusieurs années. Selon une étude longitudinale publiée dans la revue Early Childhood Education Journal, encourager le jeu symbolique dès le plus jeune âge pourrait favoriser le bien-être psychologique à long terme5. Les jeunes enfants qui semblent plus enclins à s’engager dans ce type de divertissement présenteraient, par la suite, moins de difficultés émotionnelles et comportementales. Les auteurs soulignent cependant qu’il s’agit d’une association et que de plus amples recherches doivent être menées pour affirmer un lien de cause à effet.
Dernier avantage : les jeux d’imitation offrent des opportunités multiples de s’auto-réguler, de renforcer le contrôle émotionnel, dans un environnement sécurisant pour les enfants puisqu’entièrement élaboré par leurs soins. Le site Eduscol mentionne un intérêt majeur de ces séquences ludiques. L’enfant peut y trouver un moyen de traiter des émotions négatives de la vie réelle1. Une frustration liée à une situation non-maîtrisée (ce sac de courses bien trop lourd pour ses petits bras), des adultes qui refusent de se plier à sa volonté (non, on ne sortira pas en tongs et t-shirt sous cet orage), une interdiction source de contrariété (il serait pourtant si beau ce mur blanc tout colorié). D’une certaine manière, le jeu symbolique permet d’assimiler les règles et les codes qui régissent le monde dans lequel l’enfant évolue, en les transposant dans les scénarios qu’il invente.
Alors certains pensent encore que les jeux d’imitation sont genrés. Erreur absurde. Si un petit garçon aime jouer avec une cuisinette en bois, il exprime peut-être déjà les prémices d’une passion qui pourrait régaler vos papilles dans quelques années. Si une petite fille ne quitte pas sa boîte à outils factices, elle se projette peut-être vers un magnifique métier manuel. Brimer des initiatives ne servirait qu’à faire émerger des complexes inutiles et à les priver de belles opportunités de se construire et de s’épanouir.
Sources :
- Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ressources maternelle - Jouer et apprendre : Les jeux symboliques
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Constien, Tobias & Moran, Sarah & Rooney, Brendan & Downes, Michelle. (2026). A head taller: A meta-analysis on the relation between pretend play and executive functions in early childhood. Developmental Review. 79. 10.1016/j.dr.2026.101249.
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Lillard AS, Lerner MD, Hopkins EJ, Dore RA, Smith ED, Palmquist CM. The impact of pretend play on children's development: a review of the evidence. Psychol Bull. 2013 Jan;139(1):1-34. doi: 10.1037/a0029321. Epub 2012 Aug 20. PMID: 22905949.
- Thompson, Brittany & Goldstein, Thalia. (2019). Disentangling pretend play measurement: Defining the essential elements and developmental progression of pretense. Developmental Review. 52. 24-41. 10.1016/j.dr.2019.100867.
- Vasilopoulos, F., Grummitt, L., Bailey, S. et al. Longitudinal Evidence of the Relationship Between Pretend Play and Mental Health in the Early Years. Early Childhood Educ J 54, 4387–4397 (2026). https://doi.org/10.1007/s10643-026-02150-7