Le jeu collaboratif, la construction du vivre-ensemble

Le jeu collaboratif, la construction du vivre-ensemble

Discuter, rigoler, s’entraider, se quereller gentiment, de temps en temps. Le tout pendant un simple moment d’amusement. Par l’intermédiaire des jeux collaboratifs, les enfants développent des qualités essentielles. Empathie, communication, gestion des conflits... Passage en revue de toutes les acquisitions que permettent ces activités partagées.

Ils prennent mille visages. Jeux de rôle, escape games, certains jeux de cartes ou de plateau, même quelques jeux vidéos, les sources d’inspiration sont légion. Les jeux collaboratifs ou coopératifs (« cooperative play » en anglais) sont définis ainsi par le réseau formation des enseignants Canopé1 : « Les jeux coopératifs (ou de coopération) sont des jeux dans lesquels les joueurs jouent collectivement, sans compétition, afin de poursuivre un objectif commun. Soit l’ensemble des joueurs gagnent s’ils atteignent le but à atteindre, soit ils perdent tous ensemble si ce n’est pas le cas. » Ils se distinguent des jeux individuels - durant lesquels l’enfant s’amuse seul -  et des jeux compétitifs - où un seul gagnant émerge.

Si tous les types de jeux présentent des intérêts spécifiques, ceux basés sur la coopération mettent l’accent sur une valeur essentielle dans notre société : l’esprit d'équipe.

Jouer en collaboration pour développer le sens social

Les recherches en psychologie du développement et en sciences de l’éducation s’accordent sur ce point : le jeu collaboratif constitue un levier central dans le développement social et prosocial (référence à des actes volontaires dirigés vers l’autre dans le but de lui apporter un bénéfice).

En jouant ensemble, avec un objectif commun, les enfants apprennent ainsi à assimiler des règles collectives, à coordonner leurs actions, à adopter des rôles complémentaires.

Les bases du jeu sont posées. Chacun commence à cogiter. La discussion débute, hésitante au début, puis de plus en plus enthousiaste. Les rôles sont répartis, de manière plutôt naturelle en général. Chaque enfant se lance dans sa propre « mission » pour faire triompher le collectif. Ainsi, ce jeu si simple en apparence va favoriser la coopération, la communication, l’écoute des besoins et envies de l’autre, la négociation, la compréhension sociale2.

Parmi les comportements prosociaux, partage et entraide figurent parmi les points clés. Les enfants habitués à profiter de moments de jeu collaboratif perpétuent ensuite ces comportements en grandissant3.

Une étude publiée en 20244, menée auprès d’enfants de 5-6 ans, démontre que ces interactions actives dans des tâches communes permettent de développer des compétences de coopération durables, qui se transfèrent même à d’autres situations sociales. Pour étayer ces recherches, les scientifiques se sont servis de jeux collaboratifs basés sur la construction.

>> Découvrez tous les bienfaits des jeux de construction sur le développement de l’enfant, dans notre article détaillé.

L’apport émotionnel des jeux collaboratifs

Pour jouer et gagner tous ensemble, il faut accepter l’autre tel qu’il est, dans son entièreté : ses forces et ses qualités mais aussi ses doutes et ses faiblesses. Impossible de laisser quelqu’un sur le carreau, puisque cela signerait l’échec collectif. Par conséquent, le jeu collaboratif est fortement lié à la construction de l’empathie et de la compréhension d’autrui2.

Accepter le point de vue de l’autre, réguler ses propres émotions (telles que la frustration ou l’impatience), apprendre le compromis sont autant de notions essentielles dans le développement émotionnel.

Des études expérimentales5 affirment même que des jeux collaboratifs symboliques, avec des poupées, contribuent à améliorer la compréhension des croyances et des émotions de l’autre. Un premier pas vers une meilleure inclusion et l’acceptation des différences.

Développement cognitif et résolution de problèmes 

Arriver à atteindre un but commun stimule des compétences cognitives primordiales : le raisonnement, la planification et la prise de décision collective, sans oublier la résolution de problèmes et la gestion des conflits.

Qui n’a pas déjà assisté à cette scène ? L’un des membres du groupe décide de faire cavalier seul, de prendre des décisions sans concerter ses coéquipiers, de se lancer dans l’aventure solo. Les réactions ne tarderont pas. Il se fera vite réprimander par le reste de la joyeuse troupe. L’un est en colère, l’une est inquiète, un troisième est affolé. De petites discussions animées permettent à tous de s’exprimer, et de repartir sur des bases apaisées. Vous l’aurez d’ailleurs remarqué, ils ont rarement besoin de l’intervention d’un adulte pour s’en dépatouiller.

Cette résolution collective de problème représente un axe central des interactions entre pairs basées sur des moments de jeux, et ce, dès la maternelle6. Le contexte du jeu social, aussi bien en classe que de manière plus libre, se révèle particulièrement efficace pour permettre aux enfants d’apprendre les uns des autres.

>> Passer par des erreurs est essentiel pour les enfants, découvrez pourquoi...

Des clés de langage et de communication

C’est la base même de ces jeux basés sur la collaboration. Afin de triompher ensemble, il faut arriver à communiquer. Le langage est la première ressource pour se diriger vers ce but commun si convoité.

Les enfants se retrouvent à expliquer, à négocier, à poser des questions destinées à coordonner leurs actions. Laisser le temps à l’autre de s’exprimer, prendre la parole chacun son tour, argumenter7... ces activités structurent les processus de communication, tout en développant le vocabulaire.

Bien évidemment, ce vocabulaire comprend tout le champ lexical en lien avec le jeu en question. Mais pas seulement ! Pour exposer leurs idées, les enfants produisent des phrases complexes, incluant par exemple causalité et hypothèses. Ils ont l’opportunité de mentionner des conjonctions du langage courant, peu employées en jouant, telles que « parce que », « si » ou bien « alors ». Le langage n’est plus seulement descriptif, il devient explicatif et structuré.

Le jeu collaboratif constitue un outil important pour l’épanouissement des enfants, trop peu souvent exploré. Certains jeux possèdent ces qualités intrinsèques et invitent naturellement à la coopération. D’autres peuvent être adaptés voire inventés pour induire ces situations. Un exemple simple : demander à un petit groupe d’enfants s’ils seraient prêts à ramasser toutes les feuilles mortes du jardinet, à l’aide de râteaux mis à disposition. La récompense à la clé ? Choisir le goûter qui les fait saliver. En extérieur comme en intérieur, les possibilités de jeux collaboratifs sont infinies. Si les enfants ne les initient pas par eux-mêmes, la suggestion peut venir des adultes qui en ont la garde. Proposez, et regardez la magie opérer.


Sources :

  1. Réseau Canopé : Les jeux coopératifs
  2. Healthline.com : What Is Cooperative Play ? Définition, Examples and Benefits
  3. Coelho, V., Grande, C., Pontes, A., & Ferreira, J. (2025). The predictive role of time spent in associative and cooperative play on prosocial behavior in children with and without disabilities. European Early Childhood Education Research Journal33(6), 902–918
  4. Lin, X.; Wu, Y.; Wu, J.; Qin, L. Enhancing Cooperation in 5–6-Year-Old Rural Chinese Children through Cooperative Constructive Play Based on Anji Play: A Quasi-Experimental Study. Behav. Sci. 2024
  5. The Guardian :  Playing with dolls can help children develop imagination and social skills – UK study
  6. Ramani, G. B., & Brownell, C. A. (2014). Preschoolers’ cooperative problem solving: Integrating play and problem solvingJournal of Early Childhood Research12(1), 92-108
  7. Garaigordobil M, Berrueco L, Celume MP. Developing Children's Creativity and Social-Emotional Competencies through Play: Summary of Twenty Years of Findings of the Evidence-Based Interventions "Game Program". J Intell. 2022 Oct 2
Retour au blog