Temps d’écran chez l’enfant : rééquilibrez les activités, sans culpabiliser

Temps d’écran chez l’enfant : rééquilibrez les activités, sans culpabiliser

Le constat ne se discute plus. Les enfants passent trop de temps devant des écrans. Pas question de diaboliser toutes les applications et tous les programmes jeunesse pour autant, beaucoup présentent un réel intérêt pédagogique et ludique. Tout est question de modération. Voici quelques options pour remplacer naturellement certains de ces moments, par des activités variées, qui cultiveront leur intérêt. 

Progressivement, insidieusement, les écrans en tout genre envahissent notre paysage quotidien. Soyons honnêtes. Nous-mêmes, adultes, ne montrons pas toujours l’exemple. Mais les effets sur le développement des plus jeunes, leur santé visuelle, leur sommeil, entre autres, mérite que l’on s’y arrête.

La moyenne de temps passé devant un écran par les petits Français est de 1h22 chaque jour chez les 3-5 ans, 1h53 chez les 6-8 ans, 2h33 chez les 9-11 ans (statistiques 2022)1. Ces chiffres explosent à partir de 12 ans, avec l’entrée en jeu d’un nouvel outil digital, presque fusionné à la main de nos ados, le portable.

Alors que les recommandations officielles martèlent « zéro écran avant 3 ans », beaucoup de tout-petits connaissent déjà bien la télévision ou la tablette. Dès 2 ans, ils y consacrent en moyenne 56 minutes2 de leur journée. Une solution de facilité, peut-être, parfois. Inutile de vous en vouloir si vous êtes dans ce cas, la perfection n’existe pas. Gardez en tête que des alternatives sont à portée de main, tout aussi divertissantes, faciles à mettre en place.

Après une journée d’école, proposez-leur de bouger

Les professionnels s’entendent pour dire que les enfants ont besoin de se dépenser après une journée entière en position quasi-statique, à rester assis dans une salle de classe. L’Organisation Mondiale de la Santé recommande3, par jour, 60 minutes d’activité physique pour les enfants (dès 3 ans) et les adolescents. Sans surprise, ces objectifs ne sont pas atteints dans 80 % des cas.

Là où un « moment de détente » devant un écran viendrait rajouter à la sédentarité, les substitutions plus actives ne manquent pas : un jeu de ballon dans le jardin ou dans le parc du quartier, une balade à vélo ou à trottinette, une activité extra-scolaire avec un club de sport ou une association...

Impossible de partir de la maison ? À cause du manque de temps, de l’épuisement, d’une météo capricieuse ? Des coussins au pied du canapé deviennent des rampes d’accès, une succession de chaises se transforme en rochers pour enjamber une rivière infestée, une table fait office d’obstacle qui impose de ramper. En deux-deux, votre salon devient un parcours de motricité ou un parcours sportif. À adapter, cela va de soi, selon l’âge des participants.

Susciter l’intérêt d’adolescents nécessitera un peu plus de complexité. Tentez les parcours d’obstacles XXL, outdoor ou indoor si vous avez assez de mètres carrés. Superficie trop réduite en intérieur ? Improvisez un concours de hip-hop digne de TikTok, sortez un kit d’escape game ou un indémodable Twister. Une pincée d’imagination, et voilà le remède au réflexe tablette/télé/téléphone.

Ne négligeons pas non plus l’importance de participer à la vie familiale et collective, en rangeant le linge (qui aura le meilleur chrono ?), en cuisinant (qui va choisir le menu du jour ?), en promenant le chien (qui lui apprendra le tour le plus rigolo ?)... Pas besoin de s’agiter dans tous les sens pour mettre le corps et les muscles en mouvement, efficacement. Chaque activité où l’on s’est simplement levé du canapé compte.

Vous entendrez peut-être râler, au départ, quand vous soumettrez ces propositions. Sachez que substituer quelques minutes de temps d’écran par des activités de ce type améliore la santé physique et la qualité du sommeil, tout en aidant à évacuer le stress et les tensions de la journée. À la longue, ils finiront par vous remercier.

Toutes les alternatives citées sont à appliquer, même à démultiplier, durant les week-ends ou les vacances. En effet, en dehors des jours d’école, le temps d’écran a tendance à exploser.

Une synthèse de nombreuses études4, publiée en 2025, a recensé les bienfaits d’une activité physique régulière sur la santé mentale des enfants et des adolescents. Parmi eux, sont listés : une réduction du stress, de l’anxiété, du risque de dépression, un meilleur développement des compétences sociales, une amélioration de l’estime de soi. Chez les enfants en âge pré-scolaire5, le jeu actif est aussi associé à de meilleures capacités d’apprentissage et à un meilleur développement cognitif et psychosocial.

Besoin de calme : encouragez les activités manuelles, créatives, de détente

Comme leurs aînés, les plus jeunes ont parfois besoin de se poser. Même s’ils n’en ressentent pas toujours le besoin. Irritabilité, sur-excitation, fatigue sont autant de signaux qui peuvent justifier de proposer des activités plus douces. Prenez garde à une idée reçue trop répandue : regarder la télé, scroller sur les réseaux sociaux, enchaîner des dizaines de mini-vidéos ne constituent pas les meilleures options pour favoriser le retour au calme. Pour preuve, qui n’a pas déjà assisté à une tempête émotionnelle au moment d’éteindre cette fausse source de sérénité ?

À la place, que proposer aux enfants ? Le choix est vaste, selon leur âge, selon leurs goûts, selon leur humeur. Un moment de lecture, devant un nouveau manga par exemple, un peu de dessin ou de peinture, des puzzles, des jeux de construction, une boîte à histoire... Impossible de tout lister. Vous seul connaissez les préférences de vos petits protégés.

En leur offrant ces petits créneaux pour souffler, vous aidez les enfants et les adolescents à stimuler leur créativité, à développer leur concentration, à mieux gérer leurs émotions6-7.

Quand l’écran devient solution d’urgence : quelques idées pour entretenir la patience 

Une salle d’attente bondée, qui laisse présager un bon moment à patienter. Un long trajet, en voiture, en bus, en train, en avion. Un repas qui s’éternise, en famille ou au restaurant. Les situations durant lesquelles l’envie affleure de dégainer un portable ou une tablette se comptent à foison.

Dans la mesure où il est possible de les prévoir, anticipez ! Préparez par exemple un « bingo » adapté à votre mode de transport. Sur la route, le gagnant sera celui qui apercevra en premier un camion rouge, un panneau stop, une vache, une station-service... Dans l’avion ou dans le train, avis à qui trouvera un passager avec une chemise rayée, une personne qui boit dans une gourde, un sac bleu... Apprenez-leur le jeu de l’alphabet, du plus simple au plus difficile : trouver un objet qui commence par A, B, C, ou bien un animal, ou bien un aliment, ou bien un pays, ou bien une capitale. Plongez-vous dans vos souvenirs, du temps d’un monde sans écran mobile. Il y a fort à parier que de nombreuses idées vont émerger.

Pour les moments où le silence est de mise, pourquoi ne pas proposer de la lecture, des histoires à écouter au casque, un livre de coloriage ou d’activités. Rappelez-vous, aussi, qu’il est tout à fait OK de laisser les enfants s’ennuyer.

>> Tous les bénéfices cachés de l’ennui sont à consulter ici.

Réduire sans bannir, vers une consommation d’écran intelligente

 Les recommandations officielles ne déterminent pas de limite précise de temps d’écran pour les jeunes. Cependant, il est préconisé8 de les éviter totalement avant 3 ans, puis de les restreindre à des situations exceptionnelles pour les 3-6 ans. Au-delà, les durées d’exposition peuvent augmenter progressivement, toujours de manière cadrée, pour proposer davantage d’autonomie à partir de 12 ans (toujours avec contrôle parental).

Au-delà du temps, l’usage en lui-même revêt une importance majeure. Certaines applications ont été développées spécialement pour proposer des activités ludiques, développant la logique, la créativité, l’exploration libre, l’imagination, parfois incluant des notions de mathématiques, de sciences, d’histoire, de géographie. Il en va de même pour certaines émissions télévisées ou chaînes YouTube, avec des programmes intéressants pour toutes les classes d’âge.

L’ensemble de ces options nous rappellent que les écrans ne sont pas les ennemis jurés de la jeunesse. Ils nécessitent juste d’être apprivoisés et régulés.

 

Sources :

  1. Ameli.fr - Écrans : définitions et chiffres clés
  2. BEH - Temps d’écran de 2 à 5 ans et demi chez les enfants de la cohorte nationale Elfe
  3. Organisation Mondiale de la Santé - Campagne @HealthyAtHome - Activité physique
  4. Fu, Q., Li, L., Li, Q. et al. The effects of physical activity on the mental health of typically developing children and adolescents: a systematic review and meta-analysis. BMC Public Health 25, 1514 (2025)
  5. Weijia Zhu, Xun Luo, André Oliveira Werneck, Dominika Pindus, Laurie Kramer, Arthur F. Kramer, Charles H. Hillman, Fabian Herold, Zhihao Zhang, Liye Zou, Nature and success: Outdoor play is linked to school readiness,Complementary Therapies in Clinical Practice, Volume 57 (2024)
  6. Rantina M, Nurani Y and Pujiastuti SI. Creative play and creativity development: A three level meta data analysis of moderators (age, culture, play type) F1000Research 2026
  7. Dr. Alex Kim Foundation - Fostering Creativity: The Role of Arts in Child Development
  8. Ministère de l’Éducation nationale - Bien grandir avec les écrans : des repères pour chaque âge

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