L’erreur, un puissant moteur d’apprentissage

L’erreur, un puissant moteur d’apprentissage

L’erreur n’est pas synonyme d’échec, bien au contraire. Se tromper, c’est tester, raisonner, ajuster, avancer. Proposer aux enfants des moments d’expérimentation ouvre la voie à des constructions cognitives complexes et essentielles. Mémorisation, compréhension, gestion des émotions... Zoom sur les nombreux bénéfices des erreurs dans le développement de l’enfant.

Commettre des erreurs tout en s’amusant, une bien jolie combinaison. Car oui, même si l’on veut le meilleur pour nos enfants, ils ne pourront pas traverser la vie uniquement avec une succession de réussites. Les erreurs font partie intégrante de tout parcours. Dès le plus jeune âge, elles y trouvent toute leur place. Mieux, elles contribuent à enrichir l’apprentissage, à consolider des acquis, à développer de nouvelles compétences. Du coin de l’œil, vous avez forcément repéré qu’il ou elle se frustre, s’énerve un peu, n’y arrive pas. N’intervenez pas. Du moins, pas tout de suite. Dans ce moment, en apparence négatif, se jouent des expériences particulièrement bénéfiques.

Comprendre, apprendre, mémoriser

Les neurosciences se sont largement penchées sur les conséquences des erreurs sur le développement cognitif. Notre cerveau est construit pour anticiper, se projeter, comparer des hypothèses à la réalité. Quand un enfant joue, il va vite se rendre compte si ses attentes correspondent ou non à ce qui est en train de se passer devant lui. Illustration : tous les blocs se retrouvent bien étalés sur le tapis. Dans sa tête, se forment déjà les contours d’une tour, avec plusieurs fenêtres, peut-être même un pont-levis. Démarrage de l’assemblage. Rien ne tient, du moins pas comme imaginé au départ. Une erreur, anodine, qui va en réalité ouvrir le champ des possibles.

>> Découvrez tous les bienfaits des jeux de construction sur le développement de l’enfant, dans notre article détaillé.

L’erreur déclenche un signal au niveau neuronal, qui aide à ajuster les connaissances. Ce signal d’apprentissage permet à la fois d’éviter de reproduire les mêmes erreurs et de renforcer des circuits neuronaux pertinents pour accomplir telle ou telle tâche. Cependant, les bénéfices semblent renforcés si l’enfant bénéficie d’un retour d’information correctif1. Guider simplement quand l’enfant en a besoin, sans prendre la main totalement, améliore ainsi l’apprentissage. 

Les études sur ce sujet se concentrent majoritairement sur les erreurs commises dans un cadre scolaire. Il est tout à fait possible d’extrapoler. Tous les âges et tous les contextes deviennent un axe de réflexion. Pour les plus petits, ces erreurs vont passer davantage par le jeu. Offrez-leur cette possibilité gratifiante de se tromper. Choisissiez des options ludiques qui ouvrent la porte à cette opportunité. Vous les aiderez à développer leurs capacités d’analyse et d’auto-correction, ainsi que leur mémorisation. En d’autres termes, ils apprendront de leurs erreurs pour ne pas les reproduire.

Réguler ses émotions grâce aux erreurs

Ne pas réussir du premier coup peut engendrer de la frustration, de la déception, parfois même du découragement. Rien de grave, ces émotions sont légitimes et il est important de les laisser émerger. La façon d’y répondre et l’état d’esprit de l’enfant jouent un grand rôle dans la manière dont elles seront gérées, au moment présent et sur le long terme.

Selon une étude publiée dans le journal Developmental Cognitive Neuroscience2, les enfants coutumiers du « growth mindset » (littéralement « état d’esprit de croissance », une mentalité qui accepte que la progression passe par l’effort, les hauts et les bas) prêtent davantage attention à leurs erreurs, les analysent plus facilement au lieu de se braquer, rebondissent de manière plus efficace.

Ce type d’état d’esprit est associé à des processus neuronaux spécifiques, reflets d’une meilleure régulation émotionnelle. Avec, à la clé, une amélioration certaine des capacités de résilience et de la confiance en soi.

Une meilleure autonomie

Plusieurs approches pédagogiques se basent sur l’expérimentation pour favoriser les apprentissages. Qui dit expérimentation, dit forcément une place importante laissée aux erreurs. L’intérêt ? Ne pas rechercher juste à bien faire, à éviter à tout prix les erreurs, mais plutôt à comprendre pourquoi on a mal fait et comment y remédier.

Des chercheurs3 ont même analysé l’activité cérébrale d’enfants habitués à des modes d’apprentissage laissant plus de place à l’erreur (méthode Montessori), en comparaison avec celle d’enfants soumis à une éducation plus traditionnelle. Parmi leurs conclusions : « Les élèves Montessori ont présenté une activité neuronale plus importante dans les régions pariétales et frontales droites impliquées dans le traitement mathématique. » L’expérience pédagogique influence donc grandement le neuro-développement.

Les approches laissant libre cours à l’expérimentation et à l’erreur favorisent la métacognition, le fait de développer sa propre pensée, ainsi qu’une compréhension plus profonde. Par conséquent, l’enfant sera mieux armé pour résoudre les futurs problèmes qui se présenteront à lui, de manière plus autonome.

Comment réagir face un enfant qui commet des erreurs ?

Sachez que votre attitude joue un grand rôle dans la manière dont les enfants vont appréhender leurs propres erreurs. Dans un cadre plutôt sérieux, comme celui des devoirs par exemple, le fait de ne pas stigmatiser les égarements et autres étourderies semble une évidence. Blâmer et pointer du doigt reviennent à catégoriser les erreurs comme quelque chose de négatif, dont il faut avoir honte. Surtout pas ! 

Les études4 prouvent que la réaction des adultes dans ces situations est lourde de conséquences. Si vous adoptez une attitude positive face à des erreurs commises, cela démontre qu’elles constituent une partie normale de l’apprentissage, contribue à y associer moins d’émotions négatives (telles que la frustration et l’anxiété), favorise la persévérance et l’adoption de stratégies constructives.

Plus concrètement, laissez-les se rendre compte par eux-mêmes de leurs erreurs, autant que possible. Inutile de les faire remarquer si elles ne sont pas vraiment importantes. Pour une faute dans le problème de maths, pourquoi pas. Pour un cube mal positionné ou un dessin construit à l’envers, quel intérêt ? Évoquez un point à corriger, si nécessaire, sans aucun jugement, simplement en soulevant une interrogation. Si l’enfant trouve la solution par lui-même, tant mieux. S’il ou elle a besoin d’un coup de main, vous le demande, commencez par engager sa réflexion, à l’encourager. Quand la solution est enfin trouvée, vient le temps de féliciter. 

Au fur et à mesure de la croissance, les opportunités de commettre des erreurs se multiplient, notamment avec l’enseignement scolaire qui se complexifie. Pas besoin d’attendre l’école pour autant. Il est primordial de proposer même aux plus jeunes des activités permettant d’expérimenter. De nombreux formats de jeux s’y prêtent, en particulier ceux qui laissent la part belle à la liberté, avec du matériel très polyvalent destiné à stimuler leur ingéniosité (jeux de circuits, de construction, d’imitation...).

 

Sources :

  1. Mera Y, Rodríguez G, Marin-Garcia E. Unraveling the benefits of experiencing errors during learning: Definition, modulating factors, and explanatory theories. Psychon Bull Rev. 2022 Jun
  2. Schroder HS, Fisher ME, Lin Y, Lo SL, Danovitch JH, Moser JS. Neural evidence for enhanced attention to mistakes among school-aged children with a growth mindset. Dev Cogn Neurosci. 2017 Apr
  3. Denervaud, S., Fornari, E., Yang, XF. et al. An fMRI study of error monitoring in Montessori and traditionally-schooled children. npj Sci. Learn. 5, 11 (2020)
  4. Yuxuan Liu, Meilin Yao, Zhengru Li, Hongrui Liu, Children's attitudes toward mistakes: Profiles and associations with parental predictors and academic-related outcomes, Learning and Individual Differences, Volume 126, 2026
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